La place de la dignité et de l'identité des africains dans la sphère mondiale suscite depuis quelques années des débats, voire des revendications. C’est dans ce sens qu’une fidèle catholique a questionné l'ancien archevêque de Lomé, Mgr Nicodème Yves Anani Barrigah-Benissan sur la place des ancêtres dans la vie chrétienne d’un africain. Un chrétien africain aujourd'hui ne devrait pas remplacer la communion des saints par le culte des ancêtres? Le prélat après avoir expliqué la différence entre la communion des saints et le culte des ancêtres, sans ambages estime, qu’il ne s'agit pas de substituer nos ancêtres à la grande foule des rachetés mais c’est d' inclure ceux qui ont bien vécu parmi les rachetés.
La communion des saints ou le culte des ancêtres ?
Cette question m’a été posée par une fidèle qui me demandait si un chrétien africain aujourd'hui ne devrait pas remplacer la communion des saints par le culte des ancêtres? Le culte de ceux qui ont vécu notre histoire qui nous connaisse qui nous ont aimé , de ceux qui sont nos parents de ceux qui nous ont précédé qui connaissent bien notre histoire est-ce qu’il ne vaut pas mieux plutôt les invoquer ceux là au lieu d'intercéder à travers des saints que nous ne connaissons pas? Des saints qui appartiennent à l’autre histoire, des saints qui peut être disait elle ne nous aiment pas, ne faut il donc pas remplacer la communion des saints par les cultes des ancêtres?
Avant de reprendre à cette question il faudrait préciser quelque chose qui me paraît extrêmement importante. C’est que cette question est née d’une revendication, puisqu’on a nié à l’africain la dignité reconnue à toute les autres races puisque pendant longtemps la colonisation a fait croire en africain qu'il n'a ni culture ni éducation qui ne connaît rien à la science et qu'il est presque un sous- homme. Puisque pendant longtemps l’africain a eu l'impression que dans la caravane des peuples, il occupe la dernière place et qu'il est peut-être même un sous-homme. Il est tout à fait normal que même sur le plan de la religion il y ait cette revendication . Vous connaissez certainement Frantz Fanon, psychiatre , militant, écrivain et penseur de la décolonisation. Vous connaissez son ouvrage célèbre, Peau noir masques blancs .
Un ouvrage dans lequel il affirme que finalement l'avenir de l'homme noir c'est de devenir blanc. C’est à dire que nous avons tellement assimilé la colonisation que nous imaginons finalement que pour devenir quelque chose il faut être autre chose que nous-mêmes . Regardons un peu comment nous nous comportons . Nous renions notre peau, la couleur de notre peau, tout le monde veut avoir une peau beaucoup plus claire plus blanche, nos cheveux nous font honte, notre habillement même notre culture nos aliments tout nous les rejetons. Et quelques part cela arrive sur le plan cela arrive même sur le plan de la religion.
Est-ce qu'il ne veut pas mieux finalement rejeter la communion des saints pour revendiquer notre identité noir qui est celui des ancêtres?
Donc il faut être sensible à cette question de revendications pour comprendre jusqu'au fond cette question qui nous est posée. Le premier pas c’est de faire une distinction entre la célébrité et la sainteté.
Pour le culte des ancêtres nous nous référant souvent à des gens qui ont été très célèbres qui ont immortaliser leur personnalité dans l'histoire de notre peuple. Comme ancêtre on cite Souhaita Kéita, on cite des gens très célèbres comme Kwomi N’kroma, on cite Tchaka Zoulou etc. On cite des gens qui ont eu à un certain moment à jouer des rôles importants dans l'histoire du peuple africain. Et c’est la célébrité qui représente un peu le critère. Je n'ai jamais entendu parler comme ancêtre d’un esclave, de quelqu'un qui a vécu très modestement et qui n’a rien eu de si particulier. Lorsqu’on parle de la communion des saints il s’agit d'une autre histoire.

Ce n'est pas parce qu’on a été un grand personnage qu’on est saint, ce n'est parce qu’on a été un roi ou un prince qu'on n’ait saint. La sainteté c'est plutôt la communion de vie que l'on a eu avec Dieu. Un saint c'est celui qui a été tellement unis à Dieu que finalement il est devenu son ami. Sur ce plan, je crois qu'il ne faut pas confondre la célébrité que nous recherchons tous, la dignité que nous voulons avec la communion des saints. C'est le premier distinction que je voudrais faire entre le culte des ancêtres et la communion des saints.
La deuxième c'est les deux principes de particularité et d'universalité . A vouloir finalement développer uniquement le culte des ancêtres sur le modèle de la communion des saints nous risquons d'avoir finalement des ancêtres pour chaque peuple. Alors que dans la communion des saints se retrouve toutes les nations.
Tous ceux qui ont eu une relation particulière avec Dieu se retrouvent dans la grande communion des saints. La difficulté c’est que souvent nous attendons parler de beaucoup de saints africains, ce qui ne signifie pas que lorsque nous irons au paradis, nous allons retrouver peu d'Africains. Bien loin de là. Nous savons d’après le livre de l'Apocalypse qu'il existe une grande foule de ceux qui ont aimé Dieu qui l’ont servis, même ceux que nous avons connus, ceux avec qui nous avons vécu, nos parents, nos ancêtres beaucoup d'entre eux font partie de la communion des saints. Donc il ne faut pas penser en des termes d’exclusion. Nous faisons partie de la communion des saints parce que nous avons des ancêtres qui ont été en pleine communion avec Dieu. La troisième réflexion que je voudrais faire justement c’est ce principe d’exclusion, de substitution ou plutôt d’inclusion. Nos ancêtres ceux qui ont mené une vie de communion avec le Seigneur sont dans la communion des saints. Il ne s'agit pas de les substituer maintenant à la grande foule des rachetés mais c’est de les inclure parmi les rachetés. Si vous avez bien compris donc ces distinctions, la réponse devient très facile.
Faut-il remplacer la communion des saints par le culte des ancêtres?
naturellement NON. Parce que nous ancêtres, ceux qui ont vécu selon le plan de Dieu sont déjà dans la communion des saints. Ce qu’il vaudrait peut être faire d’avantage, c'est valoriser nos saint à nous , ceux qui ont vécu avec nous et qui nous ont laissé une impression très lumineuse de leur existence, il faudrait valoriser ceux-là .
Et évidemment si on me demande maintenant est-ce que je peux invoquer mon papa, mais si tu es très sûr que pour un papa est déjà dans la communion des saints et qu'il t'a beaucoup aimé, tu es en difficulté, pourquoi ne pas dire papa aide moi. Ce n'est pas parce qu' il ne fait pas parti de la liste des saints que si vraiment il est en communion avec Dieu il ne pourra pas t’aider. Une dernière chose, dans notre fois catholique la communion des saints ce n'est pas seulement constitué de ceux qui vivent déjà dans la béatitude ou bien de ceux qui sont déjà dans la communion avec Dieu il y a aussi ceux qui sont en chemin . Il y a ceux qui ont essayé d’aimer Dieu sur la terre et qui sont en train d'être purifier pour pouvoir le contempler face à face.
Donc nous devons nous aussi prier pour ceux qui nous ont quitté pour le Seigneur puisse les accueillir dans son royaume et ainsi ils vont devenir pour nous des intercesseur auprès Seigneur. Voilà, il ne s'agit pas d'une substitution mais d'une inclusion. Nos ancêtres qui ont bien vécu font partie de la communion des saints . Nous avons pas en tant qu’africain à avoir honte de ce que nous sommes, Dieu nous aime, Dieu nous a toujours aimé et aussi ceux qui nous ont précédés vivent dans la communion avec lui.
Extrait d’une Communication de Mgr nicodème Yves Anani Barrigah-Benissan.
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