Face au refus manifeste d’Henri Sandaogo Damiba d’obtempérer à plusieurs rappel à l'ordre des autorités togolaises à s'abstenir à toute immixtion dans la vie politique burkinabé, le Togo s’est vu dans l'obligation d'obéir malgré lui à son extradition réclamée à plusieurs reprises par son pays surtout à chaque soupçons de son implication dans une tentative de déstabilisation du régime en place. C’est dans cette optique que le Lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba l’ex-chef de l’Etat burkinabé renversé par un coup d'État militaire en septembre 2022 et qui s'était réfugié à Lomé où il vivait en paix et en toute quiétude depuis sa chute, a été finalement extradé le 17 janvier 2026 du Togo vers le Burkina-Faso.
Dès l'annonce officielle de son extradition par le gouvernement togolais le lundi 19 janvier suivie de la confirmation le lendemain par les autorités burkinabé, alors que des leaders d'opinion nationale et internationale sont en train d’analyser avec tact la situation, des activistes et des journalistes ivoiriens ainsi que leur président de la République quant à eux, affichent sans aucune retenue leur désaccord avec la décision togolaise.
La clarification du gouvernement togolais sur l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba
Le Garde des Sceaux, ministre de la justice et des droits humains informe que ce dernier a été effectivement remis le 17 janvier 2026 aux autorités de la République du Burkina Faso.
Dans un communiqué publié lundi 19 janvier 2026, Pacôme Adjourouvi a confirmé l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba, de nationalité burkinabè, poursuivi pour détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite criminel, corruption, incitation à la commission de délits et crimes, recel aggravé et blanchiment de capitaux, sur demande des autorités judiciaires de son pays.
Selon le Garde des Sceaux, ministre de la justice et des droits humains, après examen de la régularité de la requête susdite, les autorités compétentes togolaises y ont donné telles suites que de droit.
« Conformément à la procédure en matière d’extradition au Togo, Monsieur DAMIBA Paul-Henri Sandaogo a été interpellé le 16 janvier 2026, en exécution du mandat d’arrêt qui faisait corps avec la demande d’extradition reçue, puis écroué », lit-on dans le communiqué. Le Garde des Sceaux, ministre de la justice et des droits humains a précisé que la chambre d’instruction de la cour d’appel de Lomé a ensuite été saisie du dossier.
« A l’issue de son audience publique tenue le 16 janvier 2026, cette juridiction a donné un avis favorable à la requête ainsi introduite, sur le fondement de l’offre de réciprocité des autorités burkinabè, des instruments internationaux auxquels le Togo est partie et des garanties offertes par ces autorités quant au respect de l’intégrité physique et de la dignité de Monsieur DAMIBA Paul-Henri Sandaogo, de ses droits au cours de la procédure, notamment celui d’un procès équitable, et l’absence de la peine de mort. Après cet avis favorable de la chambre d’instruction, Monsieur DAMIBA Paul-Henri Sandaogo a été remis aux autorités de la République du Burkina Faso, le 17 janvier 2026 », a-t-il conclu.
Après Lomé, Ouagadougou confirme l’extradition de l’ancien président burkinabè Paul Damiba.
Cette deuxième réaction officielle met fin au flou qui persistait. Le ministre burkinabè de la Justice Maître Edasso Rodrigue Bayala a indiqué par un communiqué signé le 20 janvier 2026 que Paul Henri Sandaogo Damiba a été effectivement extradé vers le Burkina Faso, où il répondra des faits qui lui sont reprochés. Il a rappelé qu’une information judiciaire, suivie d’un mandat d’arrêt international contre Paul Damiba, est intervenue à la suite d’une dénonciation portant sur une tentative d’atteinte à la sûreté de l’État. Le tombeur de Roch Marc Christian Kaboré est également cité dans des affaires de « détournement de deniers publics, d’incitation à la commission d’infractions, de blanchiment de capitaux ».
Le parquet a décidé de poursuivre Paul Damiba pour des faits de détournement criminel de deniers publics, d’enrichissement illicite criminel, de corruption, d’incitation à la commission de délits et crimes, de recel aggravé et de blanchiment de capitaux. « Ces faits sont prévus et punis par les articles 131-8, 331-1, 332-2, 332-17, 332-24, 614-1, 614-3 du Code pénal burkinabè et les articles 9, 174, 184 à 187, 196 à 199 et 202 de la loi n°046-2024/ALT du 30 décembre 2024 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive au Burkina Faso ».
Le 16 janvier, la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Lomé a donné une suite favorable à la demande d’extradition par l’arrêt n°013/2026 rendu à l’issue d’une audience. « C’est le lieu de traduire, au nom du Gouvernement du Burkina Faso, toute notre reconnaissance aux autorités de la République sœur du Togo pour cette parfaite coopération judiciaire qui illustre les bonnes relations entre nos deux États », a conclu le ministre burkinabè de la Justice. Il était connu depuis longtemps que Damiba a trouvé refuge au Togo. À partir de ce moment, la procédure devient donc un peu plus simple. À noter également que le Togo entretient de très bonnes relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Les réactions politico-médiatiques africaines
Au-delà de la procédure judiciaire, cette extradition est perçue par de nombreux observateurs comme un signal fort de coopération judiciaire régionale et de refus de l’impunité. Une position du Togo qui suscite de vives réactions sur la scène politico-médiatique africaine. Parmi les voix les plus remarquées, celle de l’activiste et analyste géopolitique Nathalie Yamb, qui a publiquement exprimé sa satisfaction et adressé ses remerciements au Président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé.
Sur son compte X (ex-Twitter), Nathalie Yamb connue, très critique à l’égard du pouvoir de Lomé n’est pas allée par quatre chemins . « Il voulait à tout prix revenir au Burkina. C’est chose faite. Pas comme président, mais comme prisonnier. Merci Faure Gnassingbé. Que toute la rigueur de la loi s’applique sur Paul-Henri Sandaogo Damiba et ses complices. Zéro pitié, zéro clémence », écrit-elle. Un message sans équivoque, qui s’inscrit dans une demande de justice exemplaire face aux accusations de trahison et de déstabilisation visant l’ancien président de la transition burkinabè. Pendant ce temps le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara et des journalistes de son pays très remontés ne trouvent aucun motif valable à l'extradition de Damiba. Outre les inepties que racontent des activistes et journalistes sur les autorités togolaises sur les réseaux sociaux et dans les médias ivoiriens, le président Alssane Ouattara selon Africa Intelligence a affiché son dégoût pour l’expulsion de Damiba.
Cette source informe que le président ivoirien aurait mal accueilli cette décision, y voyant non seulement un affront diplomatique, mais surtout un dangereux précédent. Pourtant, derrière cette indignation se cache une contradiction criante.
Le raisonnement d’Abidjan est clair ! L’extradition de Damiba risque d’ouvrir une brèche dans laquelle pourraient tomber des exilés politiques actuellement protégés par des États voisins notamment ceux réfugiés en Côte d’Ivoire, comme certains opposants maliens ou burkinabè critiques envers les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le gouvernement ivoirien envisagerait même d’harmoniser les positions avec ses « homologues » pour éviter que ce type de transfert ne devienne systématique.
Mais cette inquiétude sonne faux. Car si l'extradition de Damiba pose effectivement problème ce n’est pas parce qu’elle est inédite, mais parce qu’elle retourne contre Ouattara une arme qu’il a lui-même affûtée pendant des années. Et pourtant Dramane Ouattara depuis plus d’une décennie, a fait de l’extradition politique un outil central de sa diplomatie judiciaire en Afrique de l’Ouest.
De multiples extraditions sous le régime Ouattara
Depuis son accession au pouvoir en 2011, après la crise post-électorale sanglante qui a suivi le refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir, Alassane Ouattara a multiplié les demandes d’extradition.
En 2012, il obtient du Togo l’extradition de Moïse Lida Kouassi, ancien ministre de la Défense de Gbagbo, réfugié à Lomé. L’opération, menée en pleine normalisation post-conflit, était alors saluée comme un « retour à l’État de droit ». Mais personne n’ignorait qu’il s’agissait surtout d’éliminer symboliquement les derniers piliers du régime déchu.
La même année, en juin 2012, 41 Ivoiriens réfugiés au Liberia sont rapatriés manu militari vers Abidjan, accusés d’avoir participé aux violences post-électorales. Leur procès, expéditif, sera largement critiqué par les organisations de défense des droits humains.
En janvier 2013, c’est au tour du Ghana de céder à la pression ivoirienne. Ainsi, Charles Blé Goudé, figure emblématique de la jeunesse gbagboiste, est arrêté à Accra et extradé vers Abidjan. Il passera près de dix ans en détention avant d’être finalement acquitté par la Cour pénale internationale en 2021. Un verdict qui n’a jamais été véritablement reconnu par les autorités ivoiriennes.
De passage en Côte d'ivoire ,Mamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition (CNT), a été manu militari arrêté et incarcéré à Abidjan le 2 juillet 2025. Le député s’en est pris à Alassane Dramane Ouattara en septembre 2022 lors d’une interview dans un média malien, le qualifiant notamment « d’ennemi du Mali ». Il est donc accusé par Abidjan d' "offense au chef de l’État ", "injure" via les les médias et "fausse déclaration". Il écope de 5 ans de prison selon la délibération du 9 janvier 2026.
Plus récemment, en septembre 2025, Alassane Dramane Ouattara a franchi une nouvelle ligne rouge. Son gouvernement a invité officiellement à Abidjan le journaliste béninois Hugues Comlan Sossoukpè, cyberactiviste connu pour ses critiques virulentes contre le président Patrice Talon. Une fois sur place, sous couvert d’un colloque sur le numérique, Sossoukpè qui détenait un passeport de réfugié du Togo a été arrêté et livré aux autorités béninoises. Un piège diplomatique digne des heures les plus sombres de la Realpolitik africaine.
Les probables motifs de l’agacement d’Alassane Ouattara
Il est donc édifiant de voir aujourd’hui Ouattara s’inquiéter d’un « précédent dangereux » en matière d’extradition, alors qu’il en a été, pendant plus de quinze ans, le principal artisan. Sa critique n’est pas fondée sur le principe de l’asile politique ou du droit à un procès équitable, mais sur un calcul purement stratégique. Il refuse que ses propres pratiques soient retournées contre lui ou ses alliés.
Car si la Côte d’Ivoire abrite aujourd’hui plusieurs figures contestataires venues du Mali, du Burkina ou même du Niger, c’est moins par générosité que par opportunisme. Ces exilés servent de caisse de résonance contre des régimes rivaux, notamment ceux de l’AES, perçus comme hostiles à l’influence française et donc à celle d’Abidjan.
L’affaire Damiba révèle en réalité une fracture plus profonde. Dans la sous-région, la justice est devenue un prolongement de la diplomatie, et où les extraditions obéissent non pas à des normes juridiques communes, mais à des alignements politiques changeants. Ce n’est plus le droit qui guide les États, mais les rapports de force.
Dans ce contexte, la protestation de Ouattara ressemble moins à une défense des principes qu’à un aveu d’impuissance. En effet, le système qu’il a contribué à construire commence à lui échapper. Et si demain, un autre pays décidait d’extrader un de ses proches ou pire, un de ses anciens complices au nom de la « coopération judiciaire », Abidjan aurait bien du mal à invoquer la morale. Car en Afrique de l’Ouest, comme ailleurs, on ne peut pas à la fois jouer avec le feu et s’étonner de se brûler.
Par ailleurs, plusieurs informations indiquent qu’à l’arrivée de Paul-Henri Sandaogo Damiba au pouvoir, une promesse secrète aurait été faite avec Alassane Ouattara. Selon ces révélations, Damiba aurait accepté de céder le Sud-Ouest du Burkina Faso à la Côte d’Ivoire, une demande formulée par Ouattara dès l’accession de Damiba au pouvoir. Si cette information se révélait vraie, l’on comprend mieux la panique d’ Abidjan.
L’expulsion de Moïse Lida Kouassi du Togo vers la Côte d’Ivoire sous la pression de son pays et celle de Damiba du Togo vers le Burkina- Faso pour le non respect du droit de réserve et surtout pour son implication dans les tentations de déstabilisation du pays, n’enlèvent en rien au pays de Faure Gnassingbé reconnu comme l’un des meilleurs pays stables et hospitaliers qui font bon accueil aux réfugiés politiques et d'opinion du continent noir, sa réputation. Le Togo pour rappel, a hébergé depuis des lustres, en toute tranquillité beaucoup de chefs d’Etat évincés ou des opposants de certains régimes notamment Yakubu Gowon, Ange-Félix Patassé, Mobutu Sessé Séko , Henri Konan Bédié, Hugues Comlan Sossoukpe sans oublier ceux qui ont transité en catimini à travers Lomé pour rejoindre leur pays d'accueil.
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