Le souverain pontife de l'église catholique a foulé le sol de la République de Démocratique du Congo depuis mardi 31 janvier 2023. Le pape François pour sa cinquième voyage en africaine depuis son élection en 2013, effectue une visite de quatre jours dans le plus grand pays catholique du continent noir. Initialement prévue en juillet 2022, cette visite avait été reportée en raison des douleurs au genou du pape de 86 ans, qui se déplace en chaise roulante, mais aussi des risques de sécurité à Goma, dans l'est du pays, une étape finalement supprimée. Une visite très attendue par les Congolais, la première d'un souverain pontife depuis 1985, soit sous le pontificat de Jean-Paul II. A cette occasion, François s'est adressé sans langue de bois à tous ceux qui font la misère des pays africains. "Cessez d'étouffer l'Afrique : elle n'est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser", a lancé le pape, dans un discours en italien prononcé devant les autorités et le corps diplomatique au palais présidentiel.
"Otez vos mains de l'Afrique!" Dès le début mardi de sa visite à Kinshasa, où il a été accueilli avec ferveur, le pape François a dénoncé le "colonialisme économique" qui "se déchaîne" notamment en République démocratique du Congo (RDC), vaste pays en proie à des violences endémiques. "Cessez d'étouffer l'Afrique : elle n'est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser", a lancé le pape, dans un discours en italien prononcé devant les autorités et le corps diplomatique au palais présidentiel. Ses mots ont été applaudis, résonnant particulièrement en RD Congo, pays au sous-sol d'une immense richesse et à la terre fertile, dont les deux tiers des quelque 100 millions d'habitants vivent avec moins de 2,15 dollars par jour. Le "colonialisme économique" était le fait de multinationales et pays lointains, mais des pays voisins de la RD Congo sont désormais accusés eux aussi du pillage des ressources de la RD Congo, qui leur profite économiquement et alimente les conflits.
La RD Congo fait notamment face à la résurgence du groupe armé M23 qui a conquis ces derniers mois de vastes pans de territoire dans le Nord-Kivu, province congolaise frontalière du Rwanda accusé d'ingérence par Kinshasa. Intervenant avant le pape, le président congolais Félix Tshisekedi a réitéré ces accusations. "Outre des groupes armés, des puissances étrangères avides des minerais contenus dans notre sous-sol commettent, avec l'appui direct et lâche de notre voisin le Rwanda, de cruelles atrocités", a-t-il déclaré.
L'est de la RD Congo compte des dizaines de groupes armés, dont des rebelles islamistes qui prennent pour cible des civils. La visite du pape intervient d'ailleurs deux semaines après un attentat sanglant revendiqué par le groupe Etat islamique (EI) dans une église pentecôtiste du Nord-Kivu. Dans son discours, le pape François a exhorté les Congolais à ne pas "glisser dans le tribalisme et la confrontation" et "encouragé les processus de paix en cours" afin que "les engagements soient tenus".
Il n'a par ailleurs pas ménagé la classe dirigeante, appelant à "favoriser des élections libres, transparentes et crédibles" face à la menace de la corruption, alors qu'une élection présidentielle est prévue dans le pays le 20 décembre. L'Eglise jouant un rôle majeur dans la société et la politique de RD Congo, les Congolais attendaient du pape un message sur ce terrain de la démocratie, en plus de celui des conflits. Dès mardi matin, des Kinois avaient commencé à se rassembler aux abords de l'aéroport international, où l'avion du souverain pontife a atterri en début d'après-midi. Au son de chants, tambours, fanfare et tams-tams, la foule a grossi au fil des heures, de plus en plus dense et impatiente. "J'ai vu un ange", déclare une jeune fille, transportée de joie après avoir vu le pape dans sa "papamobile". Sur les quelque 25 km menant au centre-ville, le convoi officiel a été salué par des dizaines de milliers de personnes massées le long des grandes avenues de la mégapole de quelque quinze millions d'habitants. "Je ne voulais pas manquer cette opportunité de le voir en face", déclare dans la foule à l'AFP Maggie Kayembe, la trentaine. Le pape "prêche toujours la paix où il passe, et la paix, on en a vraiment besoin", ajoute la jeune femme.
Dans son premier discours, le chef des 1,3 milliard de catholiques a aussi évoqué l'environnement, l'éducation, les problématiques sociales et sanitaires, des thématiques sur lesquelles il devrait revenir lors de ses prochaines prises de parole. Après Kinshasa, il rejoindra vendredi Juba, capitale du Soudan du Sud, plus jeune Etat du monde et parmi les plus pauvres de la planète.
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