L'ancien président du FIDA et ex
directeur général adjoint de l'OIT très engagé sur les questions d'injustice
social, l' ancien premier ministre togolais Gilbert Fossoun Houngbo se lance un
nouveau défi. Celui de prendre la tête
de l'OIT. Une ambition qui ne souffre d'aucune insuffisance vu la densité
d'expérience à l'actif du natif de la
préfecture de Blita et qui fait sans nul doute la fierté de tout le peuple
togolais. Pour motiver son ambition et sa candidature, le technocrate togolais
étale tous ses compétences et sa vision pour OIT.
Pour
un NOUVEAU CONTRAT SOCIAL MONDIAL
Notre
époque est marquée depuis quelques années par des bouleversements économiques
et sociaux, portés à leur paroxysme avec la propagation de la pandémie
Covid-19. Les signes avant-coureurs étaient nombreux : aggravation des inégalités, crise
environnementale mondiale, transformation démographique, montée des mouvements
de « dé-globalisation » et récurrence des crises économiques. Des défis majeurs
persistent aussi dans les domaines couverts par le mandat de l'OIT. Au niveau
mondial, 152 millions d'enfants sont obligés de travailler, alors que 68
millions de jeunes voulant travailler ne trouvent pas d'emploi, les femmes
gagnent moins que les hommes pour le même emploi et plus de la moitié de la
population active mondiale doit gagner sa vie dans le secteur informel, sans
droits, sans protection ni voix. Ces dynamiques entraînent la peur de l'avenir,
notamment la peur du changement, particulièrement dans le contexte des transformations
numériques et technologiques. La justice sociale est menacée à l'échelle
locale, nationale et mondiale, tout comme la paix et la stabilité. Des
opportunités se sont aussi ouvertes. L'extension de l'économie numérique et
l'éclosion de l'intelligence artificielle ont d'ores et déjà ouvert des
perspectives pour des millions de personnes. Pourtant l'impression dominante
est celle d'un bilan globalement préoccupant.
En outre, les États – plus que
jamais indispensables – sont confrontés à des défis colossaux, tels que
l'hétérogénéité croissante des formes d'emploi et de travail et le financement
des systèmes de protection sociale. MA VISION Ma vision de l'OIT s'inspire du
préambule de sa Constitution : « Attendu qu'une paix universelle et durable ne peut
être fondée que sur la base de la justice sociale ». Les progrès accomplis ces
dernières décennies en matière de justice sociale doivent être préservés et
protégés, et les solutions mondiales aux nouveaux défis et opportunités doivent
être centrées sur les valeurs humaines, environnementales, économiques et
sociétales. En bref, un nouveau contrat social mondial s'impose. L'OIT, de par
ses principes fondateurs de justice sociale et de tripartisme et du fait que le
travail émancipateur constitue sa principale mission, est idéalement placée
pour accompagner ce contrat social. Si je suis élu, j'entends insuffler un
nouvel élan à l'OIT, la repositionner au cœur de l'architecture sociale
mondiale et atténuer le risque de voir sa stature s'éroder. Pour cela, je
propose un ambitieux programme mondial de justice sociale, composé de cinq axes
prioritaires
UN
SYSTÈME NORMATIF MODERNISÉ
L'éventail
de conventions, protocoles et recommandations de l'OIT, ainsi que son système
de supervision, cimentent la législation du travail dans le monde. Cependant,
le corpus actuel des normes répond de moins en moins aux attentes de justice
sociale dans un monde du travail en rapide évolution, caractérisé par
l'altération des relations de travail dans les économies technologiques et de
plateformes, la rapide numérisation et automatisation, et l'impact indéniable
du changement climatique sur les emplois et les moyens d'existence. La
multiplication des critères. Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG)
au sein des entreprises et fonds d'investissement constitue la preuve tangible
d'une demande « normative » par le jeu même des forces de marché. L'incidence
de la COVID-19 sur les sociétés et les économies a révélé l'interconnectivité
et la fragilité des chaînes
d'approvisionnement mondiales. D'autre part, la pandémie a accéléré
l'essor de l'économie numérique, dont les manifestations, comme le télétravail,
pourraient nécessiter de nouvelles normes du travail. Si je suis élu, je
renforcerai le Groupe de travail tripartite du mécanisme d'examen des normes,
avec pour objectifs l'examen de l'ensemble actuel des normes tenant compte des
profonds changements dans le monde du travail, cernant les lacunes qui en
découlent, et élaborant des propositions en conséquence.
LE
TRAVAIL DÉCENT POUR LA JUSTICE SOCIALE
L'agenda du
travail décent (ATD) est essentiel pour atteindre la justice sociale par une
combinaison d'emplois, de protection, de droits et de dialogue. Une approche du
développement et du relèvement axé sur l'humain, comme le demandent la
Déclaration et la Résolution du Centenaire de l'OIT, exige que les quatre
piliers de l'ATD soient adaptés aux besoins et aspirations des groupes
confrontés aux plus grands déficits en matière de travail décent et de justice
sociale, notamment :
• Les
travailleurs autonomes, les micro-entrepreneurs et les employés de l'économie
informelle ;
• Les
Petites et Moyennes Entreprises ;
• Les
jeunes sans emploi, ne faisant ni études ni formation;
• Les
travailleurs dans l'économie des plateformes ;
• Les femmes et les filles,
notamment du secteur rural ;
• Les
victimes du travail des enfants et du travail forcé ;
• Les
travailleurs migrants et domestiques ;
• Les
personnes vivant dans des Etats et des situations fragiles. L'approche du
développement axée sur l'humain donnera un nouvel élan au programme de
coopération pour le développement, que j'étendrai grandement en tant que
Directeur général et que j'ancrerai fermement aux conclusions de la Discussion
générale de la CIT de 2018 sur la coopération au développement et à la
Stratégie de développement des capacités institutionnelles de l'OIT.
UNE
COALITION MONDIALE POUR LA JUSTICE SOCIALE
L'engagement
de l'ensemble du système multilatéral est nécessaire pour vaincre la lutte
contre les inégalités, l'exclusion et la marginalisation. Heureusement, les
Objectifs de développement durable (ODD) représentent un cadre multilatéral
largement soutenu. Sur cette base, je propose la création d'une Coalition
mondiale pour la justice sociale, réunissant l'OIT, les agences de l'ONU, les
institutions financières internationales, la société civile, les partenaires au
développement, les multinationales et les fondations privées, les
universitaires et autres parties prenantes. Son objectif primordial serait de
faire de la justice sociale une priorité dans l'élaboration des politiques
nationales et mondiales, la coopération au développement et les accords
financiers, commerciaux et d'investissement, et agirait en précurseur pour :
• Le
lancement d'un dispositif permanent anti-crise socialement perdurable
conjointement avec le FMI et la Banque mondiale, afin que les programmes
d'appui institutionnel intègrent pleinement les dimensions de la justice
sociale, particulièrement en période de crise. Cette initiative pourrait
s'avérer particulièrement critique pour les pays surendettés et les pays à
espace fiscal limité ;
• Un
programme de protection sociale universelle basé sur le concept de socle de
protection sociale, portant une attention particulière aux soins de santé
universels et à la possibilité d'un revenu vital minimum pour tous fondé sur
des données probantes;
• Une
initiative visant à soutenir les entreprises dans leur transition vers une
économie verte et une économie numérique ;
• Une initiative conjointe avec l'OMC
pour un commerce socialement équitable ;
• La
création au sein de l'OIT d'un mécanisme de soutien aux pays négociant des
dispositifs sociaux dans le cadre d‘accords de commerce et d'investissement ;
• Une
initiative conjointe avec le Fonds Vert pour le climat visant la transition
écologique et la réduction du gap de financement-climat pour les PMEs.
RECHERCHE
ET POLITIQUES PUBLIQUES
Je
reconnais pleinement l'importance de la recherche. L'OIT doit devenir le centre
mondial d'excellence pour la recherche sur les questions liées au monde du
travail, notamment par la compilation, l'analyse et la diffusion de
statistiques connexes. Le Bureau doit être capable de fournir aux
gouvernements, employeurs et travailleurs des informations et des données à
jour, préalablement à l'adoption de toute mesure visant la justice sociale. À
cette fin, j'envisagerais la création d'un centre d'évaluation des politiques
publiques en matière d'emploi, des conditions de travail et de la protection
sociale. Il est en effet essentiel d'éviter de limiter le travail de l'OIT à la
dénonciation des déséquilibres, mais de présenter des propositions concrètes de
promotion du travail décent et des entreprises durables.
GOUVERNANCE
ET GESTION
L'amendement
de 1986 de la Constitution de l'OIT est un jalon permettant d'assurer une
représentation plus équitable au sein de son Organe directeur. Si je suis élu,
je déploierai des efforts considérables pour obtenir la ratification nécessaire
à l'entrée en vigueur de cet amendement. En ce qui concerne le Bureau, je
veillerai à une meilleure gestion axée sur les résultats et à une meilleure
efficacité, incluant entre autres des modalités de travail flexibles, une
numérisation complète des flux et documents de travail et la substitution de
déplacements et voyages importants par des réunions virtuelles. Je
réorganiserai la structure du Bureau, eu égard à l'objectif premier de justice
sociale, et veillerai à ce que le Bureau puisse compter sur une équipe de
professionnels compétents hautement qualifiés et motivés. Je mettrai l'accent
sur la diversité sociétale, l'équilibre des genres et l'inclusion,
particulièrement au niveau des cadres moyens et supérieurs. Je travaillerai à
la pleine intégration des ressources budgétaires et extrabudgétaires, notamment
à l'harmonisation des statuts du personnel émargeant sur le budget régulier et
du personnel de la coopération au développement. Je serai attentif aux
opérations sur le terrain et la décentralisation. J'entends assurer une
augmentation notoire de la présence d'économistes sociaux sur le terrain afin
d'accroître la capacité de l'OIT à soutenir les Etats-membres à intégrer les
paramètres de justice sociale aux plans de développement intégrés. Tous les
efforts seront entrepris pour une tolérance zéro à l'égard de l'exploitation et
des abus sexuels et du harcèlement sexuel, ainsi que du harcèlement en milieu
de travail. J'assurerai à l'OIT le même niveau de transparence instauré au FIDA
et travaillerai à l'élaboration d'un Cadre de garanties environnementales et
sociales couvrant toutes les opérations de l'OIT.
MA
CANDIDATURE
Né et élevé
en milieu rural au Togo, j'ai connu les rigueurs imposées par l'extrême
pauvreté. J'ai été directement témoin de l'absence de justice sociale et de
travail décent. J'ai poursuivi mes études au Canada et ai travaillé dans le
secteur privé avant d'intégrer le système des Nations Unies. Ces expériences
personnelles m'ont permis de me familiariser avec les deux mondes : le Sud et
le Nord, les situations de pauvreté abjecte et de richesse relative, le travail
dans l'économie informelle et formelle, l'emploi dans les secteurs privé et
public, et le rôle de bénéficiaire et de fournisseur de la coopération au
développement.
Au Programme des Nations Unies pour
le développement (PNUD), j'ai fait preuve d'un sens aigu du devoir et ai obtenu
des résultats probants. En quelques années, j'ai été promu aux postes de
Contrôleur, de Directeur Administratif et financier, de Directeur de cabinet,
Sous-Secrétaire général & Directeur régional-Afrique Subsaharienne. Le PNUD
a élargi mes horizons et renforcé ma capacité à mener des initiatives
multilatérales de développement et des négociations politiques dans un
environnement multiculturel. Puis j'ai été nommé Premier Ministre de la
République togolaise –un rôle nécessitant la capacité d'établir un consensus
entre les différents ministères, de négocier avec les partis politiques de
l'opposition et de créer des partenariats multipartites avec des investisseurs
privés et des partenaires de développement. J'ai été Directeur général adjoint
de l'OIT chargé des opérations sur le terrain, du portefeuille de la
coopération au développement, de l'engagement multilatéral et du Centre de
formation de Turin. Peu après ma prise de fonction en mars 2013, le Directeur
général M. Guy Ryder m'a demandé de coordonner la réponse de l'OIT à
l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh. J'ai réussi à rassembler toutes les
parties afin de signer un accord visant à l'amélioration des conditions de
travail dans l'industrie du vêtement et à l'indemnisation des victimes. En
février 2017, j'ai été élu Président du Fonds international de développement
agricole (FIDA) et reconduit pour un second mandat en février 2021. J'y ai
introduit des instruments financiers innovants, accompagnés d'une notation de
crédit excellente, permettant au Fonds de porter a échelle ses programmes en
faveur des communautés rurales les plus pauvres. J'ai mené avec succès les
négociations des Onzième et Douzième reconstitutions de fonds, supervisé une
expansion massive de la présence du FIDA sur le terrain et la décentralisation
des ressources humaines et des opérations.
Mon souhait de revenir à l'OIT
découle de ma détermination à contribuer à la justice sociale à tous les
niveaux. J'estime qu'aucune autre organisation n'est actuellement dotée d'un
mandat aussi noble et pertinent. En tant que Directeur général, je ferai mon
possible pour traduire ce mandat en progrès inclusifs pour les générations
actuelles et futures.
Daniel A.
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