Le champion en titre du Togo, ASKO de Kara, n’a pas réussi à renverser la vapeur face au malien de Djoliba AC à Lomé pour se qualifier pour la toute première de son histoire en phase de poule de la ligue africaine des Champions. Alors que les amoureux du football togolais attendaient d'elle un "remontada" dimanche 22 septembre dernier après avoir perdu au match aller 0 but contre 1 à Bamako, l'équipe de l’ASKO de Kara rate l’occasion de se qualifier en concédant une nouvelle défaite étriquée de 0 but contre 1 face Djoliba AC à Lomé.
Malgré un soutien sans faille du public du stade de Kégué, les joueurs togolais ont buté sur une défense malienne solide. Outre la réussite technique et tactique des visiteurs, les Kondona de la Kozah ont été également vaincu dans un duel hautement spirituel et mystique auquel les deux équipes se sont livré avant le coup d'envoi du match.
Ce duel spirituel qui s'est joué le 22 septembre 2024 avant le coup d'envoi du match de la Ligue des Champions africains entre ASKO de Kara et Djoliba AC a choqué le public du stade de Kegué.
En effet les deux équipes ont gardé chacune un joueur des premiers rentrant sur la ligne de touche. Ceci dans l'objectif de retarder leur entrée sur le terrain, en espérant soit un signe mystique pour débuter la rencontre ou soit d'être le dernier joueur à mettre le pied sur la pelouse de jeu réservée aux 22 acteurs. Ce qui serait sans nul doute des consignes des marabouts ou des préparateurs spirituels. Ce moment atypique souligne l'importance des croyances spirituelles dans le football africain où rituel et superstition persiste. Cependant, cette situation a eu des conséquences désastreuses pour ASKO qui a finalement perdu 0-1 à domicile.
Le Champion du Togo est-il éliminé par faiblesse technique et tactique ou par une mauvaise préparation spirituelle ?
Si pour l'entraîneur des jeunes et noirs, c'est l'inefficacité des milieux récupérateurs et la mauvaise animation de jeu qui expliquent la défaite de son équipe à Lomé, d'autres analyses de certains acteurs de football togolais fustigent la manière vulgaire de la préparation spirituelle.
Cette défaite soulève des questions dans un sport où chaque détail compte. Est-il encore acceptable de laisser les croyances primer sur la préparation technique et tactique? Cet incident met en lumière, le défi auquel sont confrontés les clubs africains. Comment allier tradition et performance pour rivaliser au plus haut niveau? L'avenir du football africain dépend peut-être de cette capacité à trouver un équilibre entre fois et rigueur.
Pour Gilles Yapi Yapo, 41 ans, ex-footballeur professionnel ivoirien devenu entraîneur de foot en Suisse le maraboutage dans le football, "C'est un engrenage où on peut être esclave et ça peut être très destructeur".
La magie noire, une mauvaise image pour le football africain?
L’anthropologue Arnold Pannenborg a enquêté en 2008 sur le football africain et la superstition. Il a noté que la forme la plus forte de magie dans le football consiste à faire appel à Mami Wata, une divinité aquatique qui protège le gardien de but et empêche les ballons d’y pénétrer. "Pour lutter contre cela, vous devez jeter une noix de coco sur le terrain", explique Pannenborg, "parce que c'est l'aliment préféré de Mami Wata".
De son côté, la Confédération africaine de football (CAF) estime que l’usage de la magie noire donne une mauvaise image du football africain et tente donc de contrer cette pratique. Ainsi, plusieurs Fédérations africaines, comme celle du Sénégal, interdisent les pratiques mystiques, appelées aussi maraboutage aux abords des terrains de foot.
Le problème, c’est qu’il est impossible pour les instances du football d’interdire ces pratiques lors des préparations d’avant-match. Ainsi, selon Khaly Sambe, enseignant à l'Institut national supérieur de l'éducation populaire et du sport (Inseps), et spécialiste du maraboutage dans le football : "Même si un joueur ne croit pas en son efficacité, il en a besoin pour se rassurer. Cela fonctionne comme un placebo", indique-t-il au site Rue 89. Par exemple, pour qu’ils se comportent de la meilleure des façons sur le terrain, les joueurs vont notamment prendre de nombreux bains mystiques à base d'herbes et de racines.
Superstition aussi dans le football européen
Mais il n’y a pas que les équipes africaines qui utilisent de telles pratiques. Des joueurs européens usent également depuis longtemps des rituels et des superstitions pour augmenter leur chance lors d'un match.
Dans le livre "The Soccer Tribe" publié en 1981 par le zoologiste Desmond Morris, il était déjà question de la superstition dans le football européen. Morris y définissait divers rituels comme les baisers sur les poteaux de but, la pointe des chaussures frottée avec du whisky ou le fait ne pas sortir en dernier sur le terrain. Certains rites peuvent paraître bizarres mais ils renforcent la confiance du joueur et donc sa motivation, estime Morris.
Ainsi l’entraîneur italien Giovanni Trapattoni a été photographié en train de verser discrètement de l’eau bénite sur la pelouse avant une rencontre de la Squadra Azzura à la Coupe du monde 2002. Une image qui a provoqué un mini-scandale à l’époque. Toujours chez les entraîneurs, le Français Luis Fernandez lançait des pincées de sel dans les buts avant le coup d’envoi.
Côté joueur, on n’est pas en reste ! Le défenseur anglais John Terry a reconnu en 2005 au moins cinquante superstitions. L'ancien capitaine de Chelsea s'assoit ainsi toujours à la même place dans le bus, gare sa voiture toujours à la même place sur le parking de Stamford Bridge et utilise toujours le même urinoir avant les rencontres du club londonien !
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