Le commerce illicite d’espèces sauvages représente une menace pour la biodiversité et les écosystèmes, la santé publique, la bonne gouvernance, les économies et la sécurité partout dans le monde. Et, la criminalité liée à la faune en Afrique représente environ 23 % des cas recensés en 2025. Les éléphants, les rhinocéros et les pangolins sont les principales espèces ciblées par les braconniers, alimentant un marché illégal en pleine expansion. Selon l’ONUDC, environ 4000 espèces sauvages ont été concernées par le commerce illégal depuis plus de deux décennies. Le nombre total de spécimens déclarés est d’environ 13 millions, soit en moyenne 1,84 million de spécimens par an.
Les espèces de faune et de flore sauvages sont commercialisées illégalement pour différentes finalités : consommation alimentaire, médicaments, vêtements, bijoux, matériaux de construction, ou encore animaux de compagnie. Une même espèce peut être exploitée pour ses différents produits. Les lézards sont, par exemple, commercialisés pour leur viande, leur cuir ou comme spécimen vivant.
Les activités des réseaux criminels présents dans les principaux centres d’exportation d’Afrique occidentale et centrale touchent de vastes pans des forêts tropicales et des savanes de la région et sont une menace continue pour les éléphants et les espèces de pangolins qui s’y abritent. Les routes de contrebande passent par plusieurs pays, parmi lesquels le Togo, le Cameroun, le Gabon, la République démocratique du Congo, la République du Congo, la République centrafricaine, le Liberia, la Côte d’Ivoire et le Bénin.
En 2024, des opérations menées dans plusieurs pays africains, dont la Côte d'Ivoire, le Togo et le Cameroun, ont abouti à l'arrestation de 90 trafiquants d'espèces sauvages. Ces opérations ont permis de saisir plus de 474 kg d'ivoire d'éléphant et d'autres produits dérivés de la faune, tels que des peaux de panthère et des écailles de pangolin.
Ces efforts sont souvent le résultat de collaborations entre les gouvernements et des organisations comme le réseau EAGLE, qui aide à l'application des lois sur la faune sauvage tout en veillant à lutter contre la corruption qui fragilise cette application. C’est pendant qu'ils trafiquaient des espèces sauvages protégées, notamment des défenses d'éléphant, des peaux de panthère, des peaux de lion, des primates et des écailles de pangolin que les criminels fauniques ont été appréhendés.
64 trafiquants d'ivoire ont été arrêtés et plus de 474 kg d’ivoire d’éléphant ont été saisis, dont 67 kg de défenses d'éléphant et 260 morceaux d'ivoire, lors d'opérations menées en Côte d'Ivoire, au Togo, en République du Congo et au Cameroun. Treize trafiquants de peaux de grands félins ont également été arrêtés au Sénégal, en Côte d'Ivoire et en Ouganda, ainsi que huit trafiquants de primates au cours des opérations menées au Cameroun, au Togo et en Côte d'Ivoire. Deux autres trafiquants ont été arrêtés au Congo avec 81 kg d'écailles de pangolin géant, une espèce menacée.
Le réseau EAGLE qui travaille en collaboration avec certains gouvernements africains pour améliorer la mise en application de la législation nationale en matière d'environnement, est actif au Cameroun (LAGA), au Congo, en Guinée, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Togo et en Ouganda.
En 2024, 17 Tamarins Lions dorés, ainsi que 12 grands perroquets ont été saisis au Togo. Un mois plus tôt, ce même pays a également saisi 38 primates à destination de la Thaïlande, en provenance de la République démocratique du Congo (RDC). Seulement, 30 avaient été déclarés au départ de Kinshasa.
Le Nigeria est aussi une plaque tournante du trafic des pièces d’espèces en voie d’extinction, car des saisies mondiales pour près de 40 tonnes d’ivoire et 184 tonnes d’écailles de pangolin, ont été réalisées. Dans de nombreux cas, l’ivoire et les écailles ont été retrouvés dans le même envoi, ce qui témoigne d’un haut degré de convergence entre ces deux produits. Les trafiquants d’ivoire et d’écailles sont probablement impliqués dans d’autres types de trafic de produits liés aux espèces sauvages tels que les cornes de rhinocéros, les dents de lion, les hippocampes et les ailerons de requins, ainsi que les peaux d’âne et le bois.

En menant des opérations d’infiltrations en Afrique occidentale et centrale, le constat fait froid dans le dos. L’ivoire et les écailles de pangolin sont passées en contrebande à travers l’Afrique de l’ouest, à l’entrée et à la sortie du Nigeria. Il arrive fréquemment, par exemple, que les produits illicites d’espèces sauvages soient achetés auprès de fournisseurs au Cameroun avant d’être vendus à des clients au Nigeria et à l’étranger, principalement à des acheteurs vietnamiens et chinois.
Selon l’UICN, des négociants basés à Lagos sont de connivence avec des commissionnaires en douane qui entretiennent, pour leur part, des liens privilégiés avec des fonctionnaires corrompus, en particulier dans les bureaux de douane de ports maritimes ou d’aéroports spécifiques. Ils peuvent ainsi exporter des quantités ahurissantes d’ivoire et d’écailles de pangolin. Ces activités hautement organisées et sophistiquées, qui s’étendent sur plusieurs juridictions, constituent non seulement des infractions aux législations douanières et environnementales, mais aussi des délits au sens du droit pénal, relevant de la criminalité organisée, de l’association de malfaiteurs, du blanchiment de capitaux et de la corruption.
Il est notoire que les trafiquants en Afrique occidentale et centrale recourent aux services des grandes compagnies de transport maritime et aérien pour transporter leurs marchandises illicites. Par exemple, les noix de cajou sont couramment utilisées pour cacher les écailles de pangolin transportées par fret maritime vers l’Asie depuis le Nigeria, le plus souvent depuis le port maritime d’Apapa. Bien qu’il existe des liaisons directes entre le Nigeria et les ports du Vietnam, comme ceux de Hai Phong, de Da Nang et d’Hô Chi Minh-Ville, la plupart des réseaux du crime choisissent des itinéraires impliquant un transbordement ou un transit, notamment par la Malaisie et Singapour, pour éviter les risques de détection.
Lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages
La 15e conférence des Parties à la Convention sur la biodiversité, qui a eu lieu en décembre 2022 et qui soutient les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, a défini une vision mondiale en harmonie avec la nature d’ici 2050 et ambitionne notamment des mesures pour garantir le commerce des espèces sauvages de manière sûre et durable.
Aux yeux d’Ofir Drori, initiateur du réseau anti crimes faunique EAGLE présent dans plusieurs pays dans le monde, il suffit que les organisations de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages sortent des bureaux pour enquêter, afin d’envoyer les criminels en prison pour les dissuader. « La lutte contre la corruption n’est pas quelque chose d’impossible à anéantir », avait-il révélé.
Drori explique que le réseau EAGLE a réussi à envoyer plus de 3 000 personnes en prison à travers le monde pour crimes à la faune. Il soutient en outre que les gouvernements ne sont pas toujours efficaces pour lutter seuls contre la corruption et qu’« il faut une tierce instance », les ONG par exemple. Puisque, selon lui, il est plutôt rare que des actions judiciaires soient menées contre des personnalités haut placées impliquées dans les crimes.
Les actions de répression et de coopération permettent de mobiliser les États dans le cadre d’opérations internationales, telles que l’opération THUNDER coordonnée depuis 2017 par l’Organisation des Nations unies (ONU) et l’agence Interpol avec le soutien de l’ICCWC. Le déclin du trafic d’ivoire d’éléphants figure parmi les études de cas reprises dans le rapport. Le succès de cette action internationale est le fruit d’une analyse de l’offre et de la demande sur toute la chaîne commerciale, d’une adaptabilité de la réponse répressive, du soutien politique et médiatique, et d’un renforcement réglementaire via des restrictions commerciales.
Les techniques traditionnelles de répression, telles que les saisies et les arrestations, ne dissuadent pas nécessairement les trafiquants. Le durcissement des peines a moins d’impact que la seule perception d’une sanction certaine et réelle. Parmi les pistes d’amélioration, il ressort du rapport, l’importance de prendre en compte l’impact global du trafic des espèces. Le suivi et l’évaluation des données doivent être renforcés afin de prévenir les comportements criminels, notamment dans leur analyse risques/avantages sur un marché, de mesurer l’impact sur les populations d’espèces sauvages, de rétablir des populations menacées, ou encore de prédire l’évolution des prix.
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