Si la Conférence des Évêques du Togo ne fait rien pour réglementer la vente des sacramentaux sur les paroisses, le syncrétisme risque de s'installer au sein de l'église à travers la vente des objets de piété «magiques» non conventionnels. Interdiction de célébrer la sainte Messe dans les familles et dans les maisons privées , certainement l’une des décisions phare, populaire et très apprécié par les fidèles catholiques du Togo. Dans un communiqué daté du 27 février 2026, signé par Mgr Benoît ALOWONOU, évêque du diocèse de Kpalimé et président de la Conférence des Évêques du Togo (CET), les Évêques soucieux de la vie liturgique, rappellent à tous, prêtres et fidèles laïcs, qu’il est interdit de célébrer la sainte Messe dans les familles et dans les maisons privées, sauf dans des circonstances tout à fait particulières sur autorisation formelle de l’Ordinaire.
Devenue très préoccupante, la situation des célébrations eucharistiques dans les maisons privées longtemps critiquées par beaucoup de fidèles, a enfin trouvé un écho favorable auprès de la CET, garante de la foi catholique au Togo. L’annonce de l’interdiction des messes dans les maisons privées est donc accueillie avec satisfaction, un ouf de soulagement pour les fidèles catholiques qui voyaient de mauvais oeil cette pratique peu orthodoxe sauf ceux qui bénéficiaient de cette pratique non canonique.
Il est vrai que certains demandent de messe à domicile privé sont quelquefois motivées par le cas de maladie grave ou d’incapacité motrice du fidèle. Or la personne pour qui la messe est demandée peut ne pas y être physiquement mais recevoir en plénitude les fruits de l’eucharistie célébrée à ses intentions et même recevoir la Sainte Communion à domicile après la messe par le biais d’un prêtre ou d’un Fidei Custos si elle en fait la demande. Si le cas de maladie ou d’incapacité motrice est la raison par une frange de demandeurs des messes dans les lieux privés, la grande partie de ceux-ci se portent physiquement bien, mais c’est le rang social, le prestige, le bien matériel et financier qui leur donnent envie de délocaliser les célébrations eucharistiques dans leur domicile.
Malgré leur appartenance à une ou des paroisses, certains fidèles à l’occasion des événements heureux ou malheureux dans leur vie ou celle d’un membre de leur famille, invitent des prêtres amis ou ceux de leur paroisse à célébrer des messes pour eux dans leur maison ou même dans des places des fêtes. Ces prêtres, bien conscients que cette pratique n’est pas autorisée par leur ministère acceptent et installent des autels de fortune pour la plupart à cause des relations et du titre du demandeur ou encore des intérêts personnels. Et pourtant un lieu ou une maison peut être apparement propre, chic avec un autel physiquement bien dressé et être au même moment hostile à la célébration eucharistique digne de la foi catholique.
C’est en cela que tout en félicitant la CET pour cette décision noble, des fidèles catholiques invitent les évêques a aller au-delà du simple communiqué pour mettre en place des commissions de veille et de contrôle de l’application de cette décision et surtout a réagir aussi sur le phénomène de la vente des objets de piétés non conventionnels en vogue dans les paroisses de nos jours.
En effet, il est donné de constater avec regret la prolifération de la fabrication et la vente des objets de piétés «magiques» non conventionnels sur des paroisses. Ce phénomène qui frise le commerce, du syncrétisme voire de la magie est souvent soutenu par certains bergers du renouveau charismatique catholique et quelques prêtres charismatiques. Il n’est plus étonnant de trouver dans les secrétariats et aux alentours des paroisses catholiques des objets miracles d’un tel prêtre ou d’un tel berger comme savon, huile, sel et encens dits spéciaux de déblocage, de retour à l’affection amoureuse, de chance, de percée financière, de purification, de guérison etc.
Cependant l’église catholique n’utilise pas les sacramentaux comme des objets magiques et ne reconnait aucun savon comme objet de piété. En ce qui concerne les huiles, l’Église catholique reconnaît et utilise trois huiles saintes principales, bénies ou consacrées lors de la Messe chrismale par l’évêque: Le Saint Chrême (Sanctum Chrisma) : Mélange d’huile d’olive et de baume parfumé, est consacré par l’évêque. Il est utilisé pour le baptême (sommet de la tête), la confirmation (front), l’ordination (mains ou tête) et la dédicace des églises/autels. Il symbolise le don de l’Esprit Saint. L’huile des catéchumènes (Oleum Catechumenorum) : Utilisée avant le baptême pour fortifier les futurs baptisés dans leur combat spirituel contre le mal.
L’huile des malades (Oleum Infirmorum) : Utilisée dans le sacrement de l’onction des malades pour apporter soulagement, force et réconfort spirituel et physique.

Les objets de piété catholique sont des supports de dévotion personnelle et de prière, incluant principalement des chapelets, médailles religieuses, crucifix, scapulaires, sel ordinaire, encens, eau bénite, statues (vierges, saints), images pieuses, bougies de neuvaine, et des bénitiers. Ces articles, bénis par un prêtre catholique , favorisent le lien avec le divin au quotidien. Ils agissent comme des rappels physiques de la foi, aidant à « domestiquer le sacré » et à témoigner d’une vie chrétienne au quotidien.
Ces objets, bien que sacrés, ne sont pas magiques, mais agissent comme des instruments pour orienter le cœur vers Dieu. Vivement que la prochaine Conférence des Évêques du Togo planche sérieusement sur cette situation qui non seulement sème la confusion et trouble la foi de bon nombre des fidèles catholiques mais aussi donne la latitude à n'importe quel quidam de remplir des flacons par exemple de l'huile d’arachide avec un emballage à l'effigie d’un saint et proposer en vente dans les paroisses .
Daniel A.
Message de la CET au sujet de la célébration de l’eucharistie dans les familles et maisons privées
Révérends Pères,
Frères et Sœurs de la Vie Consacrée,
Chers Fidèles laïcs,
Une église est un lieu sacré, une maison de prière où les chrétiens viennent rencontrer Dieu, en particulier Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Elle est aussi le lieu par excellence du culte et de l’adoration, lieu de rassemblement de la communauté chrétienne. L’assemblée eucharistique n’est pas sélective selon les critères d’affinité ou de sensibilité : elle est au contraire ouverte à tous sans exception. C’est ce caractère sacré que le Seigneur nous a inculqué par anticipation quand il demandait à ses disciples de préparer la salle où il devrait manger la Pâques avec ses disciples (Cf. Mc 14, 13-14). Au cœur de toutes les célébrations liturgiques, se trouve l’Eucharistie, « source et le sommet de toute la vie chrétienne »
C’est le mystère du Corps et du Sang du Christ, rendu présent, en faisant mémoire de sa passion rédemptrice. C’est pourquoi l’Église accorde une très grande importance et un grand respect à ce sacrement, ainsi qu’au lieu de sa célébration. Pour préserver sa dignité, l’Eglise a établi les normes concernant sa célébration.
Voici quelques références magistérielles en la matière :
* Dans la présentation générale du missel romain (nouvelle traduction), il est requis que : « Pour la célébration de l’Eucharistie, le peuple de Dieu se rassemble généralement dans une église ou bien, si elle fait défaut ou en cas d’insuffisances, dans un autre lieu honorable qui soit digne d’un si grand mystère »
* Dans le Code de Droit Canonique, le canon 932 donne des précisions suivantes quant au lieu et au temps de la célébration de l’Eucharistie : - « La célébration eucharistique se fera en un lieu sacré à moins que, dans un cas particulier, la nécessité n’exige autre chose ; en ce cas, la célébration doit se faire dans un endroit décent»
« Le sacrifice eucharistique doit être célébré sur un autel consacré ou béni ; en dehors d’un lieu sacré, peut être utilisée une table convenable, en gardant toujours la nappe et le corporal ».
Il est grand le mystère de la foi !
C’est pourquoi les Evêques du Togo, portant toujours le souci de la vie liturgique, rappellent à tous, prêtres et fidèles laïcs, qu’il est interdit de célébrer la sainte Messe dans les familles et dans les maisons privées, sauf dans des circonstances tout à fait particulières sur autorisation formelle de l’Ordinaire.
Les Evêques en appellent à une plus grande responsabilité des uns et des autres, pour le respect scrupuleux de ces dispositions de l’Eglise.
Fait à Lomé, ce 27 février 2026.
+Mgr Benoît ALOWONOU, Evêque du diocèse de Kpalimé,
Président de la Conférence des Évêques du Togo (CET)
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