Alors que le multipartisme était considéré par une grande partie de l’élite togolaise comme une panacée pour l’alternance politique, après près de 40 ans de son adoption, l’opposition togolaise peine toujours à atteindre ses objectifs. Ceci en dépit des myriades de coalitions et de regroupements non seulement des partis politiques de l’opposition mais aussi des organisations de la société civile. Des coalitions et regroupements qui naissent déjà morts à cause des incohérences, des trahisons, des incompréhensions, de manque de stratégies adéquates et même à cause des clivages politiques et ethniques.
En effet consciente de son incapacité à mener avec succès le combat politique face au parti au pouvoir très solide, l’opposition togolaise très émiettée recourt régulièrement à des regroupements et coalitions. Une position qu’apprécie ses militants avec enthousiasme. Sauf que leurs joies ne sont souvent que de courte durée. Et pour cause, ces coalitions créent plus des frustrations qu’elles n’en résolvent. En lieu et place d’une pause en vue d’une autopsie minutieuse des problèmes qui minent les regroupements depuis les années 90, les opposants d’aujourd’hui tout comme leurs prédécesseurs continuent malheureusement de multiplier la création des fronts, coalitions et regroupement la tête baissée. L’Union fait la force, dit-on souvent. L’opposition togolaise bien connaissant cette sagesse, a de la peine à être véritablement unie. A peine créés ces regroupements n’engendrent que des migraines à leurs militants, à travers des défections, des querelles, des diffamations et des divisions pour la plupart sur des sujets d’intérêt personnels.
À ce jour, aucun regroupement politique de l’opposition n’a fait exception à ces mésaventures en apportant ne serait ce que quelques lueurs d’espoir. Tous se disloquent à queue de poisson quelques mois seulement après leur création. Que ce soit Cap 2015, CST, C14, DMK, MLN…. aucun résultat probant n’a été obtenu. Et pourtant ce n’est pas la mobilisation de la population derrière ces regroupements qui font défaut. Les populations ont toujours fait leur part en adhérant massivement à des meetings et à d’autres activités, mais au finish, c’est par des fiascos que cela se termine. En dehors de ces adhésions populaires, le gouvernement aussi sous pression arrive à lâcher prise, en les invitant à des négociations politiques. Là aussi l’opposition par manque de stratégie passe à côté avec l’imposition des préalables ce qui n’a jamais été utile pour elle.
Avec la forte pression de la rue le 19 août 2017 suivie de l’invite du pouvoir de Lomé à des négociations, les leaders de la C14 croyant déjà avoir le fauteuil présidentiel par la rue, avaient rétorqué qu’ils ne poseraient leur orteils dans une quelconque négociation que si et seulement si le sujet de la rencontre concernerait les conditions du départ du président de la République Faure Gnassingbé démocratiquement élu par une grande majorité du peuple togolais. La suite tout le monde la connaît, c’est sur la pointe des pieds que ces leaders en manque d’inspiration, se sont recoquillés dans leur domiciles sans rien obtenir de cette gigantesque manifestation. Le comble, alors que les militants de l’opposition attendaient impatiemment les candidatures de la C14 aux élections législatives de 2018 afin de s’exprimer massivement avec l’engouement des manifestations de 2017, Mme Adjamagbo Kafui et ses acolytes dans un dénigrement total des aspirations de leurs militants, ont délibérément choisi contre toute attente de boycotter ces élections. Alors que pour permettre à cette frange de l’opposition d’y prendre part, le gouvernement a du accepter toute les conditions qu’elle a réclamées à travers le président de république du Ghana.
Face à ces mauvais choix à répétition, la classe de l’opposition se résume aujourd’hui qu’aux seuls responsables, les militants ne se retrouvent plus en aucune initiative entreprise par celle-ci. Le taux élevé des abstentions et l’échec cuisant de l’opposition à des différents rendez-vous électoraux depuis ces erreurs de choix politique de 2018 en disent long.
On casse l’un, on recrée l’autre avec les mêmes méthodes et presque avec les mêmes éléments pour les mêmes résultats agaçants. L’opposition togolaise reconnue pour sa prouesse dans la création des coalitions, malheureusement qui ne servent jusqu’ici à rien, a encore fait parler d’elle en ce début d’année 2025. En une semaine les opposants togolais ont réussi à forger deux regroupements de partis politiques et d’organisations de la société civile pour disent-ils, la libération de la nation togolaise et dénoncer l’instauration de la cinquième république. Il s’agit de ce regroupement qui inclut notamment Novation Internationale, Tournons La Page-Togo, le Front Citoyen TOGO DEBOUT, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) et les Forces Démocratiques pour la République (FDR) créé le 3 mars 2025 et celui dénommé Front de Libération Nationale (FLN) qui a vu le jour sur l’échiquier politique togolais le 10 mars 2025.

S’il est bien vrai qu’au nom de la démocratie prônée par les plus hautes autorités du pays la création des Fronts politiques est permise, il serait bienséant que les initiateurs de ces regroupements fassent preuve d’un peu de sérieux. D’ailleurs quelle nouveauté pour ces néo-coalisés de l’opposition au Togo pour surprendre l’opinion nationale et internationale ? Si trois figures seulement de l’opposition de la diaspora togolaise criant à l’infiltration de leur union, n’ont pas pu se supporter dans Freedom Togo - Mouvement de Libération Nationale qu’ils ont, tambour battant mis sur les fonts baptismaux en juillet 2024, qu’en sera-t-il pour un regroupement composé de 18 partis politiques et organisations de la société civile ? L’opposition se bat certes comme un beau diable dans la création des coalitions mais pêche toujours par ses propres erreurs à travers des calculs politiciens, des unions de façade et par la recherche effrénée des intérêts personnels. Une situation que d’aucuns qualifient de malédictions de l’opposition.
Pour briser cette situation qui dure depuis des années, il va falloir outre le changement de stratégies, exorciser la mésentente inconcevable entre les deux principaux partis d’opposition modérée en 1994, le Comité d’action pour le renouveau de Yawovi Agboyibo et l’Union togolaise pour la démocratie d’Edem Kodjo, qui ont remporté 43 des 81 sièges aux élections législatives de 1994, enlevant ainsi la majorité absolue au Rassemblement du peuple togolais, ancien parti unique. Comment comprendre que malgré l’obtention de 43 sièges soit la majorité absolue devant la mouvance présidentielle constituée de RPT-UJD qui a 37 sièges et la CFN qui a un siège, des opposants Yawovi Agboyibo et Edem Kodjo de la coalition CAR-UTD, des frères de même région et de même idéologie politique n’ont pas pu par amour et respect à leur électorat, s’entendre sur la nomination d’un nouveau Premier ministre. Il est clair que l’opposition ne devait s’en prendre qu’à elle-même face à l’inefficacité de ses luttes, au lieu de vouloir à chaque fois se victimiser comme quoi c’est le parti au pouvoir qui est la cause des échecs de ses initiatives.
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