Les Kondona et Akpéma chrétiens édition de juillet 2025 dans le canton de Tchichao auront-ils lieu ou pas ? À quel saint sera vouée l’initiation culturelle des jeunes filles et garçons à l’église catholique de Tchitchao de cette année? Ces interrogations qui taraudaient la tête des familles chrétiennes des jeunes à l’âge des initiations, trouvent leurs sources non seulement dans les violences qui ont émaillé la célébration initiatique des Akpéma à l’église catholique Sainte Anne de Tchitchao les deux dernières années, mais surtout dans des menaces d’empêchements et d’interdictions de toutes initiations culturelles dans l’église à partir 2025 que proféraient les adeptes de la religion traditionnelle. Cette situation qui menaçait sérieusement la paix et le vivre ensemble des fils et filles du même canton, a été désamorcée in extrémis par la sagesse des chefs traditionnels, des prêtres traditionnels et catholiques soutenus par la médiation de l’association Sentinelle Internationale des Kabyè (S.I.K.) engagée pour la valorisation, la promotion et la pérennisation de la culture en pays kabyè.

C’est donc suite à des discussions et échanges entre leaders religieux et d’opinion, d’une part sur les vrais sens des mots «culturels», «cultuels» et d’autres part sur la manière, le sens des célébrations initiatiques culturelles dans l’église et des fondements juridiques de la liberté de religion en vigueur dans au Togo que les frondeurs ont accepté abandonner leurs haches de guerre. Au nom de la promotion de la culture kabyè et le vivre ensemble, les fils et filles du canton de Tchitchao sont libres, de célébrer dans la quiétude, leur culture commune chacun dans sa religion. C’est dans cette atmosphère de compréhension, d’acception et de concorde que les fidèles catholiques ont célébré sans triomphalisme mais plutôt dans l’action de grâce et de reconnaissance au Seigneur, les premières Akpéma et Kondona dans la nouvelle église sainte Anne de Tchitchao le 6 août dernier. À travers cette célébration paisible sans heurts, le canton de Tchitchao qui était le porte flambeau des contestataires des initiations culturelles dans la religion chrétienne, invite tous les fils et toutes les filles du pays kabyè a accorder leur violon sur ce qui les divise et à s’unir sur ce qui les unit pour le développement intégral de leur milieu.

Le RP. Epiphane N’DEYELI a, pour sa part, vu dans cette entente retrouvée, un signe qui démontre que Tchitchao est encore une fois, le point de départ d’un renouveau pour la culture Kabyè. Outre les explications qui soutiennent la célébrations initiatique kabyè dans la fois chrétienne, le vicaire de la paroisse sainte Anne de tchitchao a dans son homélie rendu grâce à Dieu qui a permis que les garants des us et coutumes puissent accepter que sa lumière éclaire les traditions dudit canton.

En intégralité l’homélie du RP. Epiphane N’DEYELI de la paroisse sainte Anne de tchitchao le 06 août 2025 pour les akpema et Kondona 2025.
Chers frères et soeurs, Loué soit Jésus-Christ !
Le jour est enfin là ! Cette belle assemblée liturgique que nous formons, dissipe tous les doutes et confirme que la culture et la foi chrétienne ne s’opposent pas et que l’initiation culturelle des kondona et akpema est un droit fondamental qui ne pourrait être refusé aux jeunes filles et garçons chrétiens. Action de grâce à Dieu, Père de tous les hommes de la terre, auteur de tout don parfait. Il nous en souvient, frères et soeurs, qu’il y a de cela quelques années, les akpéma et Kondona des chrétiens à Tchitchao, avaient lieu le lendemain du mercredi de la sortie officielle de nos frères et soeurs de la religion traditionnelle. Après ces deux ou trois ans où ont ressurgit les suspicions, les menaces, les tentatives d’interdiction parfois violentes et les débats autour des célébrations des rites akpema et kondona à la manière des chrétiens, nous vivons aujourd’hui ces rites les plus paisibles de l’histoire de la paroisse Sainte Anne de Tchitchao malgré toute apparence.

Union historique autour de la célébration d’Akpéma et Kondona à Tchitchao
Frères et Soeurs, avec ma foi de chrétien et de prêtre de Jésus-Christ, je vois la providence de Dieu à l’oeuvre en cette nouvelle disposition. Car elle a été prise en commun accord entre chefs traditionnels et les prêtres traditionnels et les prêtres catholiques le 16 mai 2025 à la maison des jeunes de Kigbèleng (l’un des quartiers de Tchitchao) après une discussion autour de la question, en présence d’une association qui se donne pour mission de protéger et de promouvoir les rites d’initiation des jeunes kabyè et des pratiques funéraires en pays kabyè ; et le nom de cette association c’est Sentinelle Internationale des Kabyè (S.I.K.).

Tchitchao, le renouveau de la culture kabyè
Tchitchao est le seul canton qui est arrivé à cet stade. Aujourd’hui c’est la première édition des kondona et akpema sur le même mercredi aux niveaux traditionnel et chrétien après cette commune décision. Aujourd’hui aussi c’est un 6 août. Et 6 août, c’est la fête de la transfiguration du Seigneur sur le mont Tabor. Frères et Soeurs, n’est-ce pas un signe que Dieu donne à tout le pays Kabyè, quand il occasionne que cette première édition ait lieu le jour où son fils transfigure notre humanité qu’il a épousé ? N’est-ce pas un signe qu’il fait de Tchitchao encore une fois, le point de départ d’un renouveau pour la culture Kabyè comme jadis Tchitchao fut l’endroit qui a accueilli pour la première l’Evangile dans le Nord Togo ? J’ai foi qu’aujourd’hui, c’est comme Noël pour le pays Kabyè ; aujourd’hui s’accomplit pour lui la prophétie du prophète Isaïe. Grâce à Jésus : «Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon. La vache et l’ourse paîtront, ensemble se coucheront leurs petits. Le lion comme le boeuf mangera de la paille. Le nourrisson jouera sur le repaire du cobra, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main. On ne fera plus le mal ni la violence sur toute la montagne sainte, dans tout le pays (kabyè), car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer» (Cf. Is 11, 6-9).

Comprendre l’expression culturelle et cultuelle
S’il y avait eu et il y a encore des tentions entre chrétiens et adeptes de la religion traditionnelle ; s’il persiste encore des interrogations sur la légitimité de la célébration des rites d’initiation akpema et kondona à l’église, (puisque l’occasion s’y prête), il convient de donner encore une fois la lumière sur le sens d’un fait culturel qui est souvent confondu avec les faits cultuels. Deux expressions qui se ressemblent mais qui sont ontologiquement différents. (Le vendredi dernier à la même occasion à la cathédrale de Kara, le Père Aristide KAGNODA, Vicaire Général à fait une belle comparaison de ces deux réalités plus amplement. Vous pouvez chercher son Homélie). D’après le dictionnaire français Larousse, nous découvrons que la culture est l’ensemble des très distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. C’est ce qui est acquis par éducation en opposition à ce qui est inné. Tandis que le culte est l’hommage religieux rendu à une divinité ou à un saint personnage. Nous comprenons que les rites d’initiation akpema et kondona sont essentiellement culturels. Ils sont fondamentalement une éducation et une richesse transmises de génération en génération pour préparer les jeunes filles et garçons à la vie d’adulte. Ces sont des traits distinctifs des kabyè. Un peu comme la langue kabyè et l’art culinaire pour ne citer que ces deux. On peut donc dire sans se tromper qu’il n’existe pas d’Homme sans culture et qu’on ne peut pas séparer une personne de sa culture sans le dénaturer ; sans le réduire à un quelconque animal dont la vie n’est ponctuée que d’actes innés.

Authentiquement kabyè , authentiquement chrétien
Frères et Soeurs, non seulement le chrétien kabyè a le droit de faire kondona et akpema, il a aussi le devoir moral de protéger sa culture. Ce que le chrétien demande c’est qu’on accepte qu’il vive sa culture et la protège aux prismes de sa foi. L’évolution du monde oblige aussi toute les cultures à évoluer avec lui sans crier gare. Pourquoi ne pas accepter le fait que le Kabyè devienne authentiquement chrétien avec son âme de Kabyè comme le recommandait le Saint Pape JeanPaul II, alors qu’être chrétien catholique est bien plus bienfaisant pour nos cultures que d’aller uniquement à l’école des blancs ? Ce qui est d’ailleurs surprenant que ceux qui refusent akpema continuent d’aller à l’école du blanc. Nous refusons au chrétien de faire akpema et kondona, dans un discours français et dans d’autres langues étrangères,
alors que l’Evangile nous parle en Kabyè mieux que nous même et nous rejoints dans nos réalités culturelles. Pas besoin de donner des référence biblique ou d’évoquer ici l’enseignement de l’Eglise qui justifie l’inculturation. Et je ne dispose d’ailleurs pas suffisamment de temps pour me livrer à un tel exercice en ce moment. Pour moi, le simple fait que Dieu nous parle dans notre langue maternelle ; le simple fait que Dieu nous parle aussi en kabyè, c’est argument suffisant pour croire que Jésus-Christ est la preuve tangible que Dieu a créé et aime tous les hommes, tels qu’ils sont. C’est l’argument solide que Jésus-Christ est l’inculturation même en personne. Car «Nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché (Cf. He 4, 15). Jésus serait né Kabyè qu’il boirait tchouk, lutterait evala, serait initié kondo, ferait tout à la manière des Kabyè comme il a vécu comme juif au milieu des juifs en respectant leur manière de vivre et de faire. Comme Jésus et à sa suite, l’Eglise considère tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans toutes les cultures comme une préparation évangélique et comme un don de celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie. (Cf. L.G. 16) Ainsi nous retenons que les chrétiens kabyè ne sont pas les seuls à inculturer leur culture. C’est un droit que l’Eglise reconnait à tous les peuples de la terre. Comme Jésus qui a pris notre nature humaine parce qu’elle est bonne pour la guérir du péché qui la dénature, l’Eglise fait aussi siens les rites d’initiation des jeunes kabyès pour les purifiés, grâce à l’Evangile, de ce qui en eux ne valorisent pas l’humanité et donne moins le salut.

Akpéma et Kondona, une école de vie
Les quelques aspects cultuels liés aux rites d’initiation culturels akpema et kondona qui sont tels, l’Eglise les remplace par les bénédictions et les sacrements notamment la confesse et l’eucharistie. Parce que la foi chrétienne proscrit le culte des ancêtres, des divinités et des fétiches.De plus, l’Eglise reconnait que akpema et kondona sont des écoles de vie qui préparent à travers signes, symboles et épreuves en vu de fonder une famille et d’être des femmes et des hommes responsables. Aujourd’hui on n’initie plus une fille pour qu’elle se marie. Vouloir initier une fille comme dans l’ancien temps demanderait qu’on ramène les dots des jeunes filles depuis le ventre de la mère et qu’aucune akpemou ne redescende de la montagne après son initiation sans rejoindre son époux. Sinon l’intention du respect scrupuleux de la tradition serait faussée. Je passe sous silence d’autres détails qui sont aussi nombreux que scandaleux. Pourquoi inverser la tendance en préparant le trousseau d’un enfant avant sa naissance, en l’habituant à s’habiller depuis le bas âge pour le déshabiller à l’âge adulte sous prétexte d’honorer les ancêtres alors qu’eux étaient nus et c’est juste après l’initiation aux akpema que la fille commence à s’habiller pour honorer la femme et la mère qu’elle devenue désormais ? Nous ne sommes plus à l’ère des guerres tribales pour que evala et kondona soient toujours une formation en vue de combattre pour l’honneur du clan. Alors pourquoi ne pas repenser la formation de ces jeunes au niveau traditionnel pour leur apprendre à un plus de responsabilité selon les exigence de notre temps ? L’Eglise a pris de l’avance : ce qui se faisant dans l’ancien temps est transmis aux jeunes pendant leur retraites préparatoires aux différents rites d’initiation akpema et kondona. C’est juste l’histoire. Pour ce qui est pratique, ils sont outillés et formés pour être en mesure de faire face, en hommes et femmes adultes, aux défis du monde présent et dans leur foi. Chers frères et soeurs Kabyè, quand nous serons unis pour la cause de notre culture, chrétiens et fidèles de la religions, «ça va faire mal».

Mieux vaut s'unir contre la perversité des jeunes
Vous imaginez comment nous réussirons à faire de nos akpema et kondoma un festival à la carrure des divers carnavals en occidents. Cela pour notre renom et pour le développement de notre pays plus que la fierté que le tchouk et evala apportent aux kabyè au sein des autres ethnies. Vous imaginez si on se mettait ensemble (comme nous avons commencé ici à Tchitchao) comment notre langue et toute ses richesses seront préservées ? Vous imaginez si on se mettait ensemble comment on pourrait sauvegarder la morale reçue de nos ancêtres et former des générations futures kabyè intelligentes, battantes et plus épanouies ? Au lieu de nous entre-déchirer sur les akpema et kondona, faisons ensemble face à ce qui nous déforme. Et si au lieu de chercher à interdire akpema à l’Eglise on interdisait la production et la consommation des oeuvres artistiques perverses comme «nTTnTT Viyal‹‹ kiyal‹» et «tTb‹‹ yaza agoro». Oui Si on se mettait ensemble, on serait maître de notre culture comme le Christ a été maître du sabbat ; notre culture serait faite pour nous et non nous pour notre culture comme à cause de Jésus le sabbat est fait pour nous. Merci chers parents, oncles et tantes des initiés de ce jour, pour avoir respecté la foi de vos enfants en ce moment où c’était chaud. Que Dieu vous bénisse abondamment. Merci aussi à vous chers kondona et akpema. Certains, malgré leur baptême, ont accepté ou choisi librement d’être initiés selon les règles de la tradition. Vous vous êtes prononcés pour le Christ devant les hommes, qu’il vous bénisse et se prononce pour vous devant son Père qui est au cieux. Amen.
Par le RP. Epiphane N’DEYELI.HOMELIE POUR LES AKPEMA ET KONDONA – 2025 PAROISSE SAINTE ANNE DE TCHITCHAO
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