Le 8 août 1985 restera gravé dans la mémoire des Togolais comme un jour d’exception. Ce jour-là, le pape Jean-Paul II foulait le sol de Lomé dans le cadre de son deuxième voyage apostolique en Afrique de l’Ouest, après des étapes de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, de la République centrafricaine, du Zaïre (actuelle RDC) et du Kenya.
Accueilli par une marée humaine composée de fidèles catholiques, de représentants des autres confessions, d’autorités politiques et traditionnelles, ainsi que du président Gnassingbé Eyadéma, le souverain pontife a offert au Togo un moment de ferveur unique.
Lors d’une messe solennelle célébrée en plein air devant des dizaines de milliers de fidèles, Jean-Paul II a lancé un vibrant appel à la paix, à la réconciliation et au renforcement des valeurs familiales et chrétiennes. Il a également exhorté les croyants à s’engager activement dans le développement du pays.
La visite a été marquée par des rencontres avec les évêques, prêtres, religieux, religieuses, ainsi que des jeunes et des représentants de la société civile. Un passage qui demeure, quarante ans après, une page mémorable de l’histoire spirituelle et sociale du Togo
Le 9 aoû 1985, le Pape a choisi la ville de Kara, au nord du pays, pour célébrer une messe d’ordination presbytérale qui allait marquer profondément l’Église catholique togolaise.
Une messe d’ordination mémorable
Au cours de cette cérémonie solennelle, le souverain pontife a ordonné onze nouveaux prêtres togolais. Parmi eux, figuraient des personnalités marquantes telles que Mgr Isaac-Jogues Gaglo, actuel évêque d’Aného, et le père Timothée Kpenu, vice-recteur du Grand Séminaire Jean-Paul II. Cette ordination massive témoignait de l’engagement croissant de l’Église locale dans la formation et la promotion de son clergé, gage d’une Église enracinée et dynamique.
Rencontre entre l’Église et l’État
Avant cette messe historique, le pape Jean-Paul II a eu une rencontre officielle à Pya avec le président togolais de l’époque, Gnassingbé Eyadéma. Cet échange a permis d’aborder les relations entre l’Église et l’État, ainsi que les grands enjeux sociaux et politiques auxquels le Togo faisait face dans les années 1980.

Après Kara, le pontife s’est rendu à Togoville, sur les rives du lac Togo, pour un acte de consécration à la Vierge Marie dans un sanctuaire marial chargé de symboles, où se mêlent traditions chrétiennes et rites animistes. Par ce geste, Jean-Paul II a manifesté son profond respect pour les cultures africaines et encouragé le dialogue interreligieux.
Accueilli par une foule immense massée sur les rives du lac Togo, le souverain pontife célébra une messe en plein air, un moment de communion spirituelle sans précédent pour les fidèles togolais.
Pourquoi Togoville ?
Lieu fondateur de l’évangélisation catholique au Togo, Togoville est aussi un symbole de dialogue interculturel. La ville garde encore la mémoire de l’arrivée des missionnaires allemands au XIXe siècle, et ses habitants sont profondément attachés à leur patrimoine religieux.
La messe pontificale y eut une portée particulière : elle venait consacrer la place de Togoville dans la mémoire collective et renforcer le lien entre Rome et l’Église togolaise.
Un message universel
S’adressant dans un discours adressé aux animistes présents, il a invité à reconnaître Dieu comme « Notre Père » et a appelé à promouvoir la paix et l’harmonie entre les différentes confessions. Il a évoqué l’arc-en-ciel comme symbole d’alliance entre Dieu et les hommes, un motif qui résonne particulièrement dans les traditions africaines.
Dans son homélie, Jean-Paul II lança un vibrant appel à la paix, à la fraternité et à la solidarité. Ses mots, portés par une voix chaleureuse et ferme, furent accueillis par des applaudissements et des chants. « Ne craignez pas ! Ouvrez vos cœurs à l’amour et au pardon », exhorta-t-il, dans un contexte politique et social marqué par des tensions régionales.
Un legs spirituel durable
La visite du pape à Kara, ainsi que ses autres étapes à Lomé et Togoville, ont renforcé la foi des catholiques togolais et encouragé une Église plus enracinée dans son contexte local. Plus largement, ces moments ont favorisé la coexistence pacifique entre les différentes religions du pays, gravant ces grands rassemblements dans la mémoire collective des Togolais.
Cette page d’histoire rappelle combien la spiritualité et le respect des diversités culturelles ont façonné le Togo moderne. En revenant sur ce moment fort, nous honorons la mémoire de tous ceux qui ont œuvré pour l’unité et la paix à travers la foi.
Quarante ans après : un héritage en question
Quarante ans après, une question s’impose : qu’avons-nous fait de l’homélie du Pape ? Le Togo reste malheureusement divisé, avec des tensions politiques interminables qui continuent d’hypothéquer l’unité nationale. Le message de paix, de réconciliation et d’ouverture lancé ce 9 août 1985 demeure plus que jamais d’actualité.
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